Territoire : Wallis et Futuna / COM


Rencontrer les habitants de Wallis et Futuna, îles perdues au cœur du Pacifique, à un moment où l’ordre traditionnel s’y trouve mis à l’épreuve. En immersion dans ses royaumes coutumiers, au plus près des autorités séculières et des habitants, ce travail s’intéressera aux stratégies d’adaptation développées par cette société unique, face à l’exode de ses jeunes et au changement climatique. Il s’agira de donner une visibilité à une jeunesse oubliée de France, tiraillée entre les traditions communautaires, et l’appel de l’ailleurs.

Patrice Terraz
Patrice Terraz

Né en 1964, vit et travaille à Marseille.

Photographe indépendant et membre de Divergence. Il collabore régulièrement avec la presse et mène depuis plusieurs années des projets photographiques documentaires au long cours qui placent l’humain au centre de son approche. Durant l’année scolaire 2014/2015 il réalise dans un lycée professionnel près de Perpignan, La mauvaise réputation, présentée au sein du projet collectif « La France Vue d’ici ». Ce sera le début d’une longue série documentaire sur la jeunesse française, toujours en cours.
En 2016 à Corbeil-Essonnes, il réalise Californy, en immersion avec les jeunes de la ville pour la résidence photographique du festival l’Œil Urbain. Ce projet a été édité en 2017 aux éditions Le Bec en l’air.

Il est sélectionné dans le cadre de la commande du CNAP « Jeunes-Générations » et photographie les jeunes kanaks de Nouvelle-Calédonie à l’aube du référendum de 2018. Il prolonge son travail sur la jeunesse ultramarine en Guyane en 2019, puis auprès des jeunes de Saint-Pierre-et-Miquelon en 2020.
Son dernier travail concerne les femmes et les hommes qui œuvrent au sein des Réserves Naturelles de France dans le cadre du projet Les âmes discrètes de la protection de la nature.

Il a exposé dans de nombreux festivals, musées et galeries à Paris, Marseille, Sète, Arles, Perpignan, Cannes, Niort, Vannes, Palerme, Bari, Beyrouth, Newcastle, Londres, Zürich, Barcelone, New York…

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Journal de bord

L’histoire commence ici.

 

L’histoire commence à Lilia entre un lieu jaune et une araignée de mer.
Dans ce petit hameau du bout du monde à l’extrême pointe du Finistère nord, on va acheter son poisson aux Viviers bretons, face au phare de l’île Vierge. Ce jour là, trois jeunes filles travaillent dans cet établissement habituellement tenu par quelques pêcheurs du coin en ciré jaune. Intrigué par leur teint halé et leur type polynésien, je leur demande à tout hasard, vous êtes de Wallis ? Oui me répondent-elles. Y aurait-il un lien invisible entre les endroits du bout du monde ? Un besoin irrésistible de retrouver un océan lorsqu’on en quitte un autre ? Me voici face à mon dernier chapitre de mon futur travail sur l’exode des jeunes wallisiens. Qu’importe de commencer par la fin, la coïncidence est trop belle.
Rendez-vous est pris pour échanger et parler de mon futur voyage. Avant l’heure dite, je griffonne sur un bout de papier, les noms des contacts que j’ai à Wallis.
Le premier sur ma liste s’appelle Pelenato Tauota, c’est avec lui que j’échange depuis plusieurs mois, il a immédiatement accueilli mon projet photographique avec beaucoup d’enthousiasme. Il organise bientôt les Assises de la jeunesse territoriale et m’invite à y participer activement, bref, il est mon meilleur contact sur place.
Je montre ma liste à Malia, la jeune fille assise devant moi et lui parle en premier de cette personne. En a-t-elle entendu parler ? Elle me regarde les yeux embués et me dit : c’est mon père.

 

Les sœurs Tauota

Malia et Heiata. ©Patrice Terraz.
Malia et Heiata. ©Patrice Terraz.


Malia Tauota est ici pour le travail saisonnier avec sa sœur Heiata, et deux amies, Hina et Sarah. Toutes sont originaires du même village de Te’esi au sud de Wallis.
Si elles ont atterri à Lilia, commune de Plouguerneau, c’est qu’elles connaissaient Lélé, un wallisien de leur village qui s’est installé ici pour y ouvrir un bar, le Ty Faré. Tous les matins, elles sont aux Viviers bretons, puis elles travaillent au Ty faré en soirée.
Malia a 24 ans. Elle a quitté Wallis en septembre 2016 quelques mois après l’obtention du bac. Elle est venue à Nantes pour suivre une licence STAPS (Science et Technique des Activité Physiques et Sportives). Son très bon niveau en volley lui a fait intégrer l’équipe de Niort, où elle vit actuellement et joue en Nationale 2. Sa sœur Heiata, d’un an sa cadette, a suivi le même parcours.

Mail envoyé par Patrice TERRAZ à Pelenato TAUOTA le 20 Juillet 2022.

"Mon cher Pelenato,

La vie nous réserve parfois de magnifiques surprises.

Dans ce petit village du fin fond du Finistère où nous nous rendons chaque année, ma compagne Isabelle et moi, nous avons pris l'habitude d'acheter notre poisson aux Viviers breton, à quelques mètres du camping où nous résidons. Quelle surprise l'autre matin d'y rencontrer 3 jeunes filles de Wallis. Rendez-vous pris pour échanger avec elles. Et quelle incroyable émotion lorsque j'ai appris que j'avais en face de moi votre propre fille ! Ce premier échange avec Malia annonce le commencement d'une belle histoire. Comme elle me l'a dit hier : ton reportage commence ici. Je ne pouvais espérer plus belle rencontre pour parler de l'exode des jeunes et pou m'immerger à l'avance dans votre culture. Je reviendrai vers vous prochainement pour vous faire part de la suite de cette belle aventure.

Je vous souhaite une excellente journée,

Bien cordialement

Patrice. "

Mail envoyé par Pelenato TAUOTA à Patrice TERRAZ le 23 Juillet 2022.

"Bonjour Patrice et Isabelle,

Navré du retour tardif.

Mais, effectivement, l'émotion est partagée et me laisse perplexe et sans voix de ce que cela veut bien signifier !

Néanmoins je suis honoré et je remercie l'univers d'avoir oeuvré en faveur de mes enfants, ma petite famille et vous dans ce vaste espace de connexion universelle. Vivre de tels événements n'est pas donné à tout le monde et doit avoir un sens que nous nous devons de trouver et d'honorer.

Nous le découvrirons sûrement lors dudit projet commun à venir.

N'hésitez pas à impliquer les jeunes que vous avez sous la main car elles sont toutes embarquées avec moi sur les projets envers la jeunesse WF surtout dans nos sombres moments actuels. Vous disposez déjà de réflexions et sources d'informations matures, engagées et équilibrées comme préambule avec ces dernières. Même, Lele, du "Fale" est une source de référence, d'inspiration, de respect et de réussite avec courage et témérité de notre jeunesse en quête d'émancipation et d'insertion.

Je démarche pour votre logement et vous tiens au courant dès que je trouve des cas intéressants en perspective. Ne vous faites pas trop de soucis pour cela.
J'ai intégré votre venue et votre projet dans mes réunions de travail et projets 2022 avec les instances de la collectivité, chefferies-coutume, Etat, diocèse, association et société civile. Pour l'instant je n'ai eu aucune remise en cause.
A très bientôt et que la journée soit belle et bienveillante comme notre rencontre !

Pelenato TAUOTA."

 

Le Fenua tatoué sur le bras.

Tatouage Fenua. ©Patrice Terraz.
Tatouage Fenua. ©Patrice Terraz.


C’est sur le bras de Heiata que commence le lexique. Le Fenua, c’est l’île, le pays.  Le Fenua lui manque.  Il lui tarde de rentrer au Fenua. Pour ma part, j’ai hâte de découvrir le Fenua.
BONJOUR se dit Malo Te Mauli. Le (Te) se prononce à peine : Malo t’mauli.
À présent les mails que je reçois de Pelenato commencent par Malo Patrice. Et si mes parents étaient bretons et m’avaient appelé Malo, écrirait-il Malo Malo ?
AU REVOIR se dit Tata…


Lélé


Le Ty Faré est tenu par Lélé et Paul (qui est tahitien). Ils ont organisé un grand week-end festif  « la Fête du Pacifique », avec repas traditionnel, danses et musiques polynésiennes et stands de tatouages. L’occasion pour la communauté wallisienne, très importante en Bretagne de se retrouver au son du Ukulélé. L’occasion aussi pour Lélé de faire une démonstration de ses talents de danseur.

lélé
Lélé. ©Patrice Terraz.


Papalagi

terraz
©Patrice Terraz.


Léon a tenu à emprunter mon appareil pour me prendre en photo. J’apprends que je suis un Papalagi (prononcer papalagni), c’est comme ça que l’on appelle les métros, les blancs. J’apprends aussi que beaucoup de wallisiens sont agents de sécurité en métropole. Je constate que je ne fais pas le poids.