Territoire : France métropolitaine


La crise de la Covid-19 ayant mis en évidence la dépendance industrielle française notamment en matière de production textile, la France redécouvre l’importance stratégique de cette activité et la nécessité de la relancer sur son territoire. Un témoignage de ces projets qui malgré la contrainte sanitaire s’adonnent au « Made in France ».

Raphaël Helle
Raphaël Helle

Raphaël Helle est né dans l’Aube en 1961 et vit aujourd’hui en Franche-Comté. C’est le Front national s’emparant en 1997 de la ville de Vitrolles qui le conduit à la photographie de presse.

Il poursuit avec José Bové avec qui il établit une relation de proximité et l’accompagne à Seattle, Gênes et Davos. Il consacre ensuite ses sujets sur le développement durable et les efforts engagés par certaines villes dans la lutte contre les gaz à effet de serre. Son travail de photographie documentaire consacré à la ville éco-responsable de Fribourg est exposé au Festival de La Gacilly en 2007. Il mène ensuite différents travaux en immersion. Auprès d’un groupe d’adolescents, de l’entrée au lycée jusqu’au bac, à l’usine, avec les ouvriers de PSA Sochaux. Ces deux reportages donnent lieu, entre autres, à deux portfolios dans la revue XXI.

Raphaël Helle est lauréat 2014 de La France vue d’ici, bourse remise par Mediapart et le Festival Images Singulières pour son projet sur le monde ouvrier La Peuge. Une exposition itinérante est présentée en 2017 lors du festival à Sète et à la Maison des métallos à Paris. De 2015 à aujourd’hui il consacre son travail personnel au monde ouvrier, Allia, MBF, etc. Dans le même temps, il répond à diverses commandes pour la presse. Pendant huit ans jusqu’à sa mort en 2019, il photographie son père atteint de la maladie de Parkinson. Raphaël Helle développe également des projets photographiques avec Caroline Amoros artiste et performeuse adepte du happening politico artistique. Il a publié plusieurs livres monographiques et collectifs.

Accéder au site du photographe

 

AVRIL 2022

On ne naît pas photographe, on le devient et, dans mon cas, ce fut après avoir emprunté quelques détours dont le premier était… l’obtention d’un BTS fabrication textile, option tricotage. Ma découverte du monde du travail, au milieu des années 80 à Troyes, s’effectua auprès des bonnetiers, dans le cliquetis assourdissant des métiers à tricoter la maille stretch, puis dans un atelier coutures où 400 femmes penchées sur des machines à coudre produisaient des grenouillères à des cadences redoutables. Aussi ai-je décidé de débuter ce reportage sur le textile par Troyes.

Ma première visite en arrivant ce soir de janvier face au soleil couchant fut pour Fra-For, mon ancienne usine. Au début des années 70, 75% des salariés de l’industrie textile française, soit près de 25 000 personnes, résidaient à Troyes, l’équivalent d’un tiers de la population de l’époque. La capitale française de la bonneterie regroupait les principales usines et marques hexagonales. Le déclin s’est amorcé dans les années 1980, La crise, puis les délocalisations, vont dévaster cet univers industriel, à l’exception de quelques sociétés toujours en activité aujourd’hui. L’usine Fra-For, signe des temps, a été réaménagée en 2016 en… maison de retraite, après un projet avorté de logements de luxe. La haute cheminée en brique a été conservée, et dans un angle, juste derrière l’illustre marque Babygro, subsiste la ruine de mon atelier de tricotage. Aujourd’hui à Troyes 3 500 personnes environ vivent encore de la bonneterie.

Ancienne usine textile Fra-For à l’âge d’or de la bonneterie aujourd’hui en partie transformée en logements et maison de retraite. Boulevard Danton, Troyes, 12 janvier 2022 © Raphaël Helle
Ancienne usine textile Fra-For à l’âge d’or de la bonneterie aujourd’hui en partie transformée en logements et maison de retraite. Boulevard Danton, Troyes, 12 janvier 2022 © Raphaël Helle