Territoires : Indre, Creuse


Ce projet est une mise en lumière des femmes aides à domicile et de leurs bénéficiaires isolés dans les territoires ruraux de l’Indre et la Creuse. Valérie Couteron documente les temps forts de ce métier, les trajets, les moments de solitude, les lieux traversés et visités, les différentes tâches, les moments d’intimité et de partage avec les personnes fragiles.

Valérie Couteron
Valérie Couteron

Valérie Couteron est née à Chalon-sur-Saône en 1967 et vit depuis trois ans dans un village en région Centre-Val de Loire.

Photographe indépendante, elle aborde depuis plus de 25 ans la représentation de l’homme au travail, elle s’attache ainsi à photographier des femmes et des hommes exerçant des métiers peu reconnus.

Issue d’un milieu ouvrier, elle réalise ses premières photos sur le travail en 1997 dans l’usine Saint-Gobain de Chalon sur Saône, l’usine où avait travaillé son grand père.

Depuis elle n’a cessé de documenter ce thème, alternant l’industrie à d’autres secteurs d’activités. Elle explore également son goût pour le portrait dans d’autres univers comme en EHPAD ou actuellement dans un projet sur les habitants de son nouveau territoire de vie.
Tout en privilégiant la relation humaine, son travail photographique s’inscrit dans la démarche de la photographie documentaire.

Ses portraits d’ouvriers Industries, réalisés dans plusieurs usines comme Armor Lux ou La Snecma, ont été exposés aux Promenades Photographiques de Vendôme et au Centre d’Art et Photographie de Lectoure.

Sa série Corps oubliés a été exposée au festival Images Singulières de Sète et dans l’exposition collective Paysages français à la Bibliothèque nationale de France. Courant 2021, suite à une résidence artistique dans l’usine Protéor de fabrication de prothèses et orthèses à Seurre, son travail a été exposé à Dijon.

Elle a exposé également cette même année à Morlaix dans l’ancienne Manufacture des tabacs où en 1998 elle avait réalisé une série photographique et où elle est revenue en résidence courant 2018.

En marge de son travail personnel, Valérie Couteron réalise des prises de vues pour la presse française comme Le Monde et le groupe Bayard Presse ainsi que pour diverses institutions et fondations.

Elle travaille également régulièrement avec le Musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône en animant des ateliers photographiques auprès des habitants.

Accéder au site du photographe

 

Un journal de bord sonore

Quelques jours avant le printemps, j’ai commencé à rencontrer, accompagner et photographier des aides à domicile. L’association « Familles rurales » d’Aigurande, dans le sud du département de l’Indre m’a mise en contact avec quelques unes de ses salariées et, en parallèle, a prévenu les bénéficiaires et leurs familles de mon projet. Bien sûr il y eu des refus catégoriques mais aussi des « oui » timides et quelques francs consentements à ma présence. Du côté des femmes, Vanessa, Sara, Anne, Katia, Sabah, Laurine, toutes ont été enthousiastes, chacune à sa manière, pour que je les suive dans leurs différentes interventions à Aigurande et dans quelques villages alentour. Enthousiastes parce qu’elles se sentent peu reconnues et qu’elles sont trop souvent considérées comme de simples femmes de ménage alors que leurs tâches sont multiples. En participant à mon projet, elles souhaitent que le public comprenne que le cœur de leur métier est l’aide à la personne. Les interventions durent entre ½ heure et 2 heures. Elles font rarement des journées complètes, leurs après-midi étant souvent hachées. Lorsqu’elles habitent dans un secteur proche, elles rentrent chez elles avant de repartir en soirée pour l’aide au repas et au coucher de leurs bénéficiaires. La voiture est évidemment indispensable à leur métier ce qui occasionne des frais important de carburant même si une petite partie est prise en charge par l’association. Mon journal de bord se fera sous forme audio, « comme à la radio ». Des petites pastilles de vies sonores me semblent la meilleure façon de raconter ces femmes, leur travail, les personnes dont elles s’occupent, pour que cette histoire photographique en cours de réalisation soit au plus près de la réalité que je vis à leurs côtés.

MARS 2022

 

Je retrouve Sara, auxiliaire de vie à Aigurande, le 18 mars 2022

 

Anne, aide à domicile à Orsennes, en intervention chez Odette, le 28 mars 2022

AVRIL 2022

 

Sabah, aide à domicile à Aigurande, en intervention auprès de Madeleine, le 6 avril 2022

 

Je retrouve Laurine, aide à domicile à Saint Plantaire, le 7 avril 2022

 

Katia, aide à domicile à Montchevrier en intervention auprès de Paulette, le 15 avril 2022

 

À l’approche de l’été

N’habitant pas très loin d’Aigurande, j’ai continué à suivre, entre les mois de mars et de juin, plusieurs aides à domicile dans leurs interventions. Nous commençons maintenant à bien nous connaître, je les appelle ou bien je les contacte par SMS.
« Sara, dis moi, je peux venir avec toi demain ? »
« Bonjour Vanessa, on se retrouve chez Suzette pour 14h ? »

L’avantage de cette proximité me permet d’enrichir mon travail et puis surtout, étant donné que leur temps travaillé se situe entre une demi-heure et une heure, cela me permet de retourner deux fois, quatre fois chez les mêmes bénéficiaires.

Il y a aussi des situations que j’ai envie de revivre et de photographier encore. Comme Sara qui va chez Jojo tous les vendredi matin pour lui donner sa douche, une intervention d’une heure, et qui y retourne le midi pour mettre le couvert, faire un peu de ménage et s’il y a le temps, boire un café. J’aime la façon dont elle s’occupe de lui, j’aime leurs échanges qui sont souvent drôles surtout quand Sara répond aux blagues grivoises de Jojo du haut de ses 93 ans.

Il y a aussi Sabah que j’ai souvent accompagnée chez Michel, un monsieur handicapé mental qui vit modestement dans une petite maison du centre bourg. Michel est très gourmand alors Sabah lui apporte parfois ses petits plats, elle n’a pas le droit mais ne peut pas s’en empêcher. Sabah et son grand coeur… J’ai plusieurs fois assisté à la petite toilette de Michel que Sabah fait dans sa cuisine. Sabah s’occupe de lui si bien et avec tellement de soin que ces scènes en sont poignantes. Et aussi toutes les fois où j’ai observé Michel manger avec un tel appétit qu’il en avale presque son assiette !

Mon aventure va bientôt se poursuivre dans la Creuse. Il m’a fallu du temps pour trouver une association partante pour le projet. Après plusieurs déconvenues, je vais commencer la semaine prochaine à suivre de nouvelles aides à domiciles de l’association CVAD (Choisir de Vivre À Domicile) sur ce beau territoire qu’est la Creuse et ce pendant tout l’été même si je dois rendre l’ensemble de mon travail à la mi-août.

Tiens… Parmi les quelques salariés il y a un homme qui est partant pour le projet, ils sont peu nombreux dans la profession, c’est intéressant… il s’appelle John et est anglais.

J’ai hâte.

MAI 2022

 

Sara me parle de son métier, à Aigurande, le 31 mai 2022

JUIN 2022

 

Sara chez Jojo, à Aigurande, le 3 juin 2022

 

Katia me parle de son métier, à Montchevrier, le 4 juin 2022

 

Katia chez Jeanine, à Montchevrier, le 5 juin 2022