Marie-Thérèse montre les cicatrices des blessures reçues par son mari sur le dos, après avoir découvert qu’elle entretenait une relation affective avec une femme. Marie-Thérèse est en attente de passer en entretien auprès de l’Ofra.« Je m’appelle Marie-Thérèse, je viens de Côte d’Ivoire, de sa capitale Abidjan. J’ai quitté mon pays par rapport à ma situation devenue insoutenable. Je suis passée par la Lybie, ensuite je suis allée en Italie. Dans la traversée vers l’Italie, vingt-deux personnes ont trouvé la mort. Je suis finalement arrivée à Padoue, où j’étais très bien, c’est une ville magnifique. Malheureusement dans le centre d’accueil qui m’hébergeait, j’ai été molestée par un des employés. Quand les responsables l’ont appris, l’employé en question m’a fait de la pression pour que je quitte l’Italie, il m’a assuré qu’il allait s’occuper de ma prise en charge par ma cousine résidante en France et que je devais m’installer ici. Je suis désormais en France depuis sept ans. Depuis mon pays, je n’ai pas arrêté d’être exposée au danger en tant que femme. J’ai été battue à plusieurs reprises. Lors de mon arrivée en France, j’ai été discriminée par ma propre cousine, celle chez qui j’habitais. J’avais fait la traversée avec ma copine et je continuais à la voir. Quand ma cousine a découvert notre relation, elle nous a mis à la porte, en disant qu’elle ne voulait pas que l’on contamine ses enfants plus tard. Elle m’a mis dehors et j’ai dû partir à Brest. C’est là-bas que j’ai rencontré ma copine actuelle. C’est elle qui m’a encouragé à refaire la demande d’asile auprès de l’Ofra (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides). Si en Côte d’Ivoire, être lesbienne est considéré comme une malédiction, même ici, dans ta propre communauté, tu es rejetée, on te met de côté. Je ne fréquente même plus mes cousines. Quand tu vas quelque part, elles ne vont pas vouloir boire dans le même verre que toi, elles ne vont pas manger avec toi, elles te voient comme une poubelle, donc tu te rapproches naturellement de ceux et celles qui t’acceptent. Dans notre pays, le souci majeur à mon avis est qu’il n’y a pas de loi qui nous protège. N’importe qui peut nous agresser. Je me souviens d’une histoire, un jeune qui a embrassé son petit copain dans le quartier, ils l’ont agressé, ils ont commencé à le battre et ils ont appelé sa maman. Quand sa mère lui est venue en aide, ils ont tapé la mère jusqu’à qu’elle décède, cette mère est décédée en protégeant son fils. » © Nicola Lo Calzo / Grande commande photojournalisme
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