Brandon Gercara, artiste et activiste du milieu queer à La Réunion, Centre René Goscinny, Paris. "J’ai quitté pour la première fois l’île de La Réunion en 2018 pour un séjour Érasmus pas prévu. L’idée de quitté l’île m’a toujours fait peur comme pour beaucoup de réunionnais.es. Parce que lors qu’on quitte La Réunion, on est loin de tout. La peur de traverser la mer est à mon avis un héritage de nos familles. En contradiction, on nous dit que la réussite est ailleurs, partout ailleurs mais pas à La Réunion. C’est pourquoi j’ai fini par être convaincu de partir et de profiter d’un dispositif tel qu’Erasmus. Je suis d’abord allé à Bruxelles, j’étais constamment en train de découvrir les technologies et espaces auxquelles je n’avais pas accès à La Réunion : le métro, bar gay, exposition autour du queer POC … On me dit que je suis noir après avoir couché pour la première fois avec un garçon. Un choc, étant donné qu’à La Réunion je me suis toujours senti comme une personne blanche. Mon entourage me rappelait assez souvent que c’était positif d’avoir une peau plus clair que celle de mon père. C’est pourquoi j’ai été assez surpris.e d’entendre « C’est la première fois que je couche avec un noir ». Après, j’ai lu des textes qui m’ont éduqué sur les questions raciales, tel que Françoise Vergès ou Elsa Dorlin. Je découvre au même moment les photographies de Zanele Muholi qui me fait comprendre le concept d’intersectionnalité développé par Kimberley Crennshaw. Ce séjour m’a amené à faire un long travail de déconstruction, puis un travail de militantisme de retour à La Réunion. Depuis, je fais des allers/retours entre Paris et La Réunion (sorry pour mon empreinte carbone) grâce à mon travail plastique. Mon premier long séjour m’a amené à rencontrer des personnes LGBTQIA+ de la diaspora réunionnaise. Malheureusement, il arrive souvent que notre communauté - pour celleux qui ont les moyens - se retrouve à quitter notre île pour vivre son identité de genre, sexuelle ou romantique. C’est pourquoi j’ai pu rencontrer un peu plus de la vingtaine de personne de la communauté en quelques story instagram. Ces personnes ne s’étaient jamais rencontrées avant. Il faut dire que quelques mois plus tôt, La Réunion connaissait sa première marche des visibilités, ce qui leur a donné envie de se retrouver aussi ici, à Paris : qu’on se fabrique notre propre safe space. Nous avons enchainé les rencontres pour voir d’autres réunionnais.es LGBTQIA+ afin d’organiser notre propre cortège à la Pride radicale de Paris. C’était beau de voir qu’on pouvait parler de notre identité collective. Inexistantes quelques mois auparavant à La Réunion. » © Nicola Lo Calzo / Grande commande photojournalisme
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