Komafine, Marie-Thérèse, et Desirée, rue Beaubourg, Paris. Elles sont de la Cote d’Ivoire. Marie-Thère vient d’obtenir son statut de réfugiée. Mafine et Desirée sont toujours en attente de passer à la Ofra.« Je m’appelle Konamifine, je suis originaire de la Côte d’Ivoire. Mon voyage a commencé avec le Maroc où j’ai passé deux semaines. Je suis arrivée ici par bateau. On n’avait pas de choix. Il fallait quitter le pays. Ma vie était en danger. On n’a pas les moyens pour prendre l’avion et je n’avais pas de visa…Je suis parti parce que mon mari a découvert mon homosexualité, dans mon téléphone. Il pensait que je le trompais avec un homme et il a découvert que je le trompais avec une femme. Et là il m’a frappé, il m’a cassé mes deux dents, il m’a frappé, j’ai cru que j’allais mourir. En Côte d’Ivoire, c’est à 13, 14 ans que j’ai commencé à vivre ma propre sexualité. En cachette. Maintenant tu vis comme les autres, tu as ton petit copain, ou bien, si tu n’as pas de petit copain, tu te maries, on te donne en mariage, tu fais des enfants, mais ce n’est pas ta vie, ce n’est pas ta vie, tu vis la vie d’une autre personne. Tu es obligée de suivre la ligne. On avait un réseau de copines là-bas. Mais il suffit d’être indexé par quelqu’un, et l’on peut se faire agresser en toute impunité ou se faire traiter d’« espèce de maudite ». Quand mon mari a découvert ma relation avec ma copine, je suis parti à Abidjan depuis ma ville de Korhogo, en allant me cacher chez un ami d’enfance. Je l’ai appelé, je lui ai expliqué ma situation et c’est lui qui a pris mon billet d’avion pour le Maroc. De mon côté, avec les économies que j’avais, j’ai pu payer les passeurs pour monter sur un bateau. Je suis arrivé en France le 20 août 2018. Lors de mon arrivée en France, je n’avais pas de famille proche ici. J’avais connu une fille au Maroc, on avait fait le voyage ensemble et c’est elle qui m’a hébergé chez son copain à mon arrivée… Après mon séjour auprès de cette copine, comme la maison était petite, je suis partie chez un tonton ivoirien, il connaissait bien ma famille mais il ne connaissait pas mon orientation sexuelle. Il m’a traité de tous les noms, il a essayé de coucher avec moi. Il m’a menacé de tout dire à mes parents. Au début, j’ai dû subir sa pression, après je suis partie. J’ai eu un petit boulot et j’ai pu m’échapper de chez lui. J’ai eu le statut de réfugié le 15 novembre 2022. Je n’ai plus le droit de rentrer chez moi, je ne peux plus repartir. Mes deux enfants sont restés là-bàs. Ils sont discriminés aujourd’hui, que ce soit dans la famille, à l’école ou dans le quartier, on les insulte, on leur dit qu’ils sont « maudits, comme votre maman », en Bambara, on dit « dangato ». © Nicola Lo Calzo / Grande commande photojournalisme
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