Marie Docher - Et l'amour aussi ...

14360

Esther Salmona
Esther est autrice et poète.
Portrait réalisé le 30 juin 2022 à Mane
Alpes-de-Haute-Provence.
Extraits choisis de l’entretien.
« Je fais partie d’une minorité imbriquée dans d’autres minorités. Ce sont les trois entrées : lesbienne mais aussi celle de la neuro-atypie, qui est vue et vécue comme un handicap, et celle de la fibromyalgie, qui grève fortement le quotidien. Je pense qu’il y a un lien entre une manière de percevoir, sentir, penser, réfléchir de façon différente et le fait de vivre une vie amoureuse, sexuelle, à côté de la norme la plus répandue. Ces conditions (lesbienne, fibromyalgique, neuro-diverse) ne sont pas des choix, mais des dévoilements, des découvertes, qui ont leurs propres rythmes et oscillations et qui m’obligent, me poussent à penser, voire à créer des passages entre les catégories du réel.
J’étais très attirée par les femmes qui s’habillent en homme, ou du moins qui sont viriles. Il y a une sorte d’androgynie qui me plaisait mais je ne m’en rendais même pas compte !  Quand j’allais au théâtre voir ces pièces avec des actrices costumées en homme, j’étais hyper troublée mais ma pensée était comme anesthésiée. Ces histoires de vêtements, je n’avais pas conscience que c’était en lien avec un soulèvement du genre. Aussi je n’avais aucune représentation de petites filles qui sont amoureuses d’autres filles.
Au début, je désirais que l’on rebatte les cartes des rôles hétéronormés avec le père de ma fille, mais c’était trop difficile. Quand je me suis retrouvée à étendre ma troisième lessive de couches lavables dans les quartiers nord de Marseille, ça a été une sorte de point de non-retour. J’ai trouvé un père pour ma fille, et ça, ce n’était pas conscient ni prémédité, mais après sept ans de relation, j’ai rencontré une femme, à nouveau, et là j’ai dit : « je suis désolée mais maintenant, c’est les femmes
». © Marie Docher

Explorer le site : Grande commande Photojournalisme