Sophie est monitrice éducatrice.
Marie-Céline animatrice-coordinatrice en centre social.
Portrait réalisé le 5 mars 2022 à Redon, Bretagne.
Extraits choisis de l’entretien réalisé le jour même.
Sophie : Lors des débats sur le mariage pour tous j’étais très militante à l’APGL car maman de trois enfants que j’ai eu à l’époque avec une femme avec le souhait de faire famille et d’adopter les enfants respectifs que nous avions portés toutes les deux. Quand le projet est arrivé, il fallait y être, se montrer et être visibles, il fallait prouver.
Dire «prouver» c’est quand même fou, prouver à la société qu’on était une vraie famille, qu’on était des parents à part entière, qu’on élevait nos enfants et qu’on avait les mêmes droits que tout le monde. Il fallait une solution et que nos enfants soient reconnus comme étant d’une seule et même famille avec deux parents.
Mes enfants ont 13 ans, ce sont les jumeaux, et la dernière à 10 ans. Et on s’est mariées en septembre 2013. Il y a eu un article dans Ouest France avec une photo de nous de dos. On assumait et en même temps on ne voulait pas trop se confronter aux gens donc la visibilité c’était compliqué. A l’école on s’est toujours présentées comme les deux mamans systématiquement et pour nous c’était impensable de faire autrement. Au final ça s’est toujours bien passé.
Marie-Céline : À ce moment-là ça faisait deux ans que j’étais mariée à un camerounais et on rentrait en France. J’ai vécu ça à la télé, je ne me sentais pas concernée parce que je ne me considérais pas comme lesbienne mais en tant que Française, pour moi c’était important que ça se fasse.
En 2014, j’ai quitté mon ex-mari et entamais une formation pour me professionnaliser dans le monde de l’animation. Une nana est arrivée et j’ai le ventre qui a chauffé. J’étais prête à accepter, le cheminement s’est fait intérieurement. J’ai regardé ma vie, mes 30 ans, par ce nouveau prisme.
En milieu rural, les applications et les sites de rencontre c’est vraiment très important. C’est facilitant parce qu’il n’y a pas de lieux lesbiens ou LGBT, on est dans des milieux ruraux où par définition tu es d’abord hétéro.
Sophie : On se rend compte qu’il y a des centres LGBT dans les grandes villes et ici il n’y a rien, il n’y a pas de lieux, pas d’endroits vers lesquels se tourner et se référer. Mon idée est de créer un lieu, de créer de la proximité pour les gens qui sont dans les campagnes alentours. © Marie Docher
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