Marie Docher - Et l'amour aussi ...

14354

Cy Jung
Cy Jung est écrivaine.
Portrait réalisé le 17 février 2022 à Paris.
Avec la participation de Johnny Delort-Dedieu, champion de France FSGT 2022.
Extraits choisis de l’entretien réalisé dans le jardin Atlantique à Paris le 8 août 2022.
"Je suis une femme, je suis lesbienne, je suis déficiente visuelle, albinos, arrière-petite-fille de pasteur.
Je suis tombée amoureuse d’une fille quand j’avais 27 ans. Jusque-là je fréquentais des garçons avec beaucoup d’indifférence, ça ne m’intéressait pas.
J’ai pensé que je m’étais structurée sur mon homosexualité, je cherchais dans mon enfance, mais j’ai pris conscience que ce qui m’a structurée c’est mon handicap visuel et mon albinisme, ça fait un peu freaks.
Je n’ai pas été réduite à mon handicap par mes parents. Je suis sur une vision très dynamique, très active du handicap.
Dans ce contexte-là, j’étais un garçon manqué, pas parce que j’étais lesbienne mais parce que je me protégeais du regard des autres. Pendant l’adolescence, je m’habillais de façon à ce qu’on ne voit pas mon corps puisque je n’ai pas la maîtrise de ce qu’on en voit. Tout se cumulait, tous mes comportements, toutes mes façons d’être viennent du handicap. Le fait que je sois une fervente opposante à tout ce qui est institutionnel est très certainement lié au refus de mes parents de me placer en institution spécialisée. J’ai fait toute ma scolarité en clandestine, je n’avais pas le droit d’être là et c’est grâce à eux.
J’ai le même rapport à l’homosexualité qu’à la déficience visuelle : ça se voit pas puisque ma déficience visuelle ne se voit pas, parce que j’ai décidé qu’elle ne se voyait pas.
J’aime effectivement le côté plan B de l’homosexualité et que ce soit décrié, dévoyé, moi je trouve que ça créé du désir, une envie de sublimer où tu ne peux pas aller. Je considère vraiment que je vis dans un autre monde. J’ai écrit 17 livres et suis assez peu médiatisée. Je dois être la lesbienne de ma génération qui a le plus publié. L’idée est de proposer aux lesbiennes tout un univers fantasmagorique pour se sortir des scripts qu’on nous a balancé tout prêts. Je veux juste dire que notre désir existe et qu’il faut l’exprimer et je cherche. Je n’ai pas la solution donc l’objet de mon écriture c’est de faire que ce soit le corps qui soit acteur de son propre désir et donc de son propre plaisir.
 » © Marie Docher 
 

Explorer le site : Grande commande Photojournalisme