Samuel Bollendorff - Frontaliers : des mineurs de fond aux comptables de fonds

Samuel Bollendorff - Frontaliers, des vies pendulaires
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Aurélie est gilet jaune, elle était femme de ménage au Luxembourg pendant 12 ans.« J’étais chef d’équipe œuvrante. Un jour c’était les pieds de chaise, un jour les rebords de fenêtre, les escaliers… Y a un cahier des charges à tenir. On doit être invisible mais on est hyper importante. On doit dire bonjour discrètement, pas faire de bruit avec les chariots… On doit être invisible mais notre travail doit être visible. Quand j’ai commencé on travaillait 4 heures par jour à 15 femmes, après on s’est retrouvé à 12, trois heures par jour… Il manquait des femmes et des heures. Mon équipe prenait de l’âge, je voyais de plus en plus de femmes qui avaient du mal. Je ne me vois pas abandonner une femme de 57 ans qui pourrait être ma mère. Elles font leur travail à leur cadence, tu leur demande encore plus et elles n’y arrivent pas. Et si elles n’y arrivent et pas, bin elle partent. Je ne peux pas gérer mes femmes comme ça. Du coup j’ai été convoqué par ma direction. Ils m’ont dit on va te mettre en punition pendant deux mois sur un chantier à luxembourg-ville, bien plus loin. Punir ? Punir pourquoi ? Punir pour aller travailler, punir parce que tu as fait des heures pas payées mais il fallait bien que ton chantier tourne ? Punir parce que tu t’entendais bien avec les femmes, punir parce que tu avais une bonne entente avec le client ? Je me suis levé, je suis partie. Sans leur dire au revoir. » © Samuel Bollendorff
 

Samuel Bollendorff

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